Dernières informations

Il reste encore à publier les traductions anglaises sur chaque article de ce blog - 280

1970 - Ouverture du RER Étoile-Défense


 OUVERTURE DU RER “ETOILE-DEFENSE” - FEVRIER 1970


Au diable vauvert...


Il faut bien l’avouer : en 1965, aller à La Défense était une véritable expédition. Les pionniers de la tour Esso s’en souviennent encore : le métro vous laissait au bout du Pont de Neuilly qu’il fallait traverser à pied sous le vent ou la pluie, puis prendre un sentier parfois boueux qui sinuait dans un dédale de chantiers clos de palissades.
Le premier tronçon ne reliait La Défense qu’à la station Etoile du métro parisien, mais l’ouverture du RER fut un grand soulagement. Il fallut neuf ans pour réaliser ces sept km. Neuf années qui retardèrent la commercialisation des tours. Mais dès l’ouverture du RER, les demandes affluèrent tellement qu’elles provoquèrent la création des tours dites de la deuxième génération, beaucoup plus hautes que les premières.


Un chantier titanesque

Bien peu des 100.000 utilisateurs quotidiens du RER passant par La Défense se doutent qu’ils roulent  un instant sous la Seine. Qu’ils soient rassurés : les voûtes du tunnel sont capables de supporter près d’une demi-tonne par cm2... Ce passage sous le fleuve fut l’une des innombrables difficultés rencontrées lors du creusement de ce premier tronçon par une machine ultra-moderne, un “bouclier” de dix mètres de diamètre. La coûteuse machine ne put venir à bout d’un banc de sable et fut abandonnée ensablée à 30 mètres sous terre.

Les travaux furent décidés en 1961 et la station «La Défense» fut inaugurée en février 1970. Construite sur cinq niveaux, la station “La Défense” du RER possède une salle de correspondance qui est un véritable monument : longue de 225 mètres, elle est  large de 65  et haute de 27 mètres. Elle dispose d'un petit centre commercial qui fut le bienvenu pour les habitants pionniers de cette époque.

Cette salle distribue aujourd’hui une gare routière de 18 lignes de bus, quatre lignes SNCF, le RER, et le terminus de la ligne n° 1 du métro parisien.  Nous sommes bien loin des débuts... La Défense est devenue le quartier d'affaires le mieux desservi d’Europe.

Nom de nom !!...

“Allô, l’EPAD ? Passez-moi le directeur des Services Techniques s’il vous plaît. Allô, bonjour monsieur. Je suis le peintre en lettres. Voila : je suis en train de faire vos pancartes ; vous savez, celles du chantier du métro express. Eh bien, il fallait que je vous dise... Il me pose un problème le nom de votre métro. Surtout que vous m’avez demandé de mettre les initiales en grosses capitales. Vous voyez ce que les initiales de “Métro Express Régional Défense-Etoile” donnent vues de loin ?... Ah bon ! vous aussi vous trouvez qu’il faut changer ça...” Sans doute trop pris par son travail, aucun administrateur ou ingénieur ne s’était encore aperçu de l’incongruité de l’abréviation....  C’est à ce peintre en lettres que l’on doit de dire tout simplement aujourd’hui : “je vais prendre le... R.E.R.”.

1971 - Bouclage du boulevard circulaire


 

BOUCLAGE DU BOULEVARD CIRCULAIRE - SEPTEMBRE 1971


Plus que l’autoroute A6


“Les ingénieurs des Ponts et Chaussées se sont emparés du réseau routier et ont transformé chaque portion de route, chaque échangeur en un petit chef d'œuvre technique” reconnaît l’architecte Bernard Zehrfuss, l'un des créateurs du CNIT et auteur - dès 1950 -  des premiers plans du quartier.
Avec un flot moyen de 60.000 véhicules par jour à l’époque, le débouché du Pont de Neuilly était l’un des axes les plus chargés de Paris. Plus que l’autoroute de l’Ouest ou du Sud... Il était donc essentiel de bien traiter tous les aspects routiers, surtout sur un terrain aussi occupé et précieux.
C’est ainsi que 22 km de routes et d’autoroutes furent créées sur le périmètre de l’EPAD,  dont le plus grand échangeur souterrain à trois niveaux du monde.

La rose écrase un bistrot


Une première étude élaborée en août 1959 sacrifiait la grande voie triomphale axiale et créait le principe du Boulevard Circulaire. Celui-ci n’a jamais été conçu que pour desservir le quartier lui-même. Les autoroutes souterraines se sont fait bien attendre, mais dés leur ouverture partielle à la fin de 1988, le trafic du Circulaire baissera sensiblement.
Le Circulaire a avancé lentement, sinuant entre les obstacles non encore arasés, prenant ensuite l’emplacement prévu par le plan.
Certains obstacles eurent la vie dure, comme le bistrot de cet immeuble encerclé par l’échangeur dit  de “la Rose de Cherbourg”. Il résista d’autant plus qu’il faisait des affaires d’or avec tous les ouvriers du Circulaire. Il fallut modifier  la forme de l’anneau routier pour pouvoir le contourner...  
Encerclé par l’armée des autos, il finit par se rendre.

Pont en panne de batterie

“Bon sang ! Voilà neuf mois que l’on prépare cette passerelle de 45 mètres, qu’on l’assemble morceau par morceau ici à Nanterre, qu’on lui met 48 roues et 12 moteurs pour qu’elle aide le camion tracteur et vlan : c’est la nuit de son installation que sa batterie nous lâche ! Je vais chercher celle de ma R8. Mais je ne suis pas sûr qu’elle soit assez puissante...”
Et si. La batterie de Gérard Martin, ingénieur à l'EPAD, mit fin à cette panne idiote. Pensez donc : pour soulever ce pont de 100 tonnes, une des plus grosses grues de France avait été louée une fortune pour cette nuit là.
 Chacune de ses chenilles avait nécessité un convoi exceptionnel ; c’est dire sa taille. Heureusement, les onze autres passerelles furent moins difficiles à installer.

 

1972 - Inauguration de l'Oiseau Mécanique


 

INAUGURATION DE “L'OISEAU MECANIQUE”  - MAI 1972


Musée vivant

Avec ses galeries d’art, son parc de sculptures, son environnement architectural, La Défense n’est plus seulement un quartier d’affaires : elle s’affirme aussi comme lieu culturel et témoignage complet de notre époque. Le Fonds National d'Art Contemporain  s'y  est implanté.  D'autres  projets sont  envisagés.  
En 1974, André Malraux souhaitait y voir s’installer un Musée d’Art Moderne, conçu par Le Corbusier. Il a finalement été installé au Centre Pompidou. Mais depuis, La Défense est devenue un véritable musée vivant de l'Art contemporain.

Bonbon ?

Calder entre dans le bureau de Michel Moritz qui est chargé de l’implantation des œuvres d'art à l'EPAD. Sur une table trône la maquette de la future sculpture de Joan Miró. Calder s’en approche, se penche sur elle, fronce ses sourcils blancs en bataille et demande avec un petit sourire dans les yeux : “Ça se lèche ?”.

Il est vrai que ces deux “personnages” en plastique multicolore  édifiés devant les 4 Temps ont soulevé quelques critiques : forme “informelle” dans un univers rectiligne et rigide, cette sculpture est-elle un clin d’œil de Miró ou une provocation ? Peu importe, elle fait partie du paysage et devient un repère, un point de rendez-vous. Plus tard, nous saurons s’il s’agit d’une œuvre marquante dans la vie de l’artiste ou non.

C’est ainsi : passer commande à un artiste de renom comporte des risques qu’un mécène doit assumer. C’est ce que fait l’EPAD depuis 1974.

Le courage d’oser

Assez rapidement, il est apparu que le “silence vertigineux” de la grande dalle devait être occupé par une présence artistique monumentale. Dans un premier temps, l’EPAD encourage les promoteurs privés à décorer non seulement leurs halls d’entrée, mais aussi leur environnement immédiat. Esso -qui joue encore les pionniers- fait graver un mur en béton par Vincent Guiro en 1971. “L'Oiseau mécanique” en acier inoxydable de Philolaos inaugure en 1972 la série des œuvres commandées directement par l’EPAD.

Jean Millier  (devenu ensuite directeur du Centre Pompidou) commanda même une fontaine à Agam en 1975, la période la plus déficitaire. Un luxe ? Un gadget ? La cour des comptes n’a pas apprécié : un échangeur ou un parking aurait  été plus sérieux. Non. Pour l’ancien Président Directeur Général, une “œuvre” d’art était aussi importante qu’un “ouvrage” d’art...

Souvent visibles de loin, parfois découvertes au détour d’un cheminement ou réservées à  ceux dont le regard plon-ge depuis une tour, une soixantaine d’œu-vres majeures parsème aujourd’hui La Défense et d'autres sont en commande ou en projet.

C’est un véritable Parc de sculptures qui s’est constitué grâce à la constance de cette politique.

1972 - Premier concours Tête Défense


LANCEMENT DU 1ER CONCOURS TETE DEFENSE - OCTOBRE 1972


Voir ou être vu ?

Déjà, en 1770, l’ingénieur Perronet proposa au roi Louis XV d’établir un grand carrefour circulaire sur la butte de Chantecoq (le Rond-point de La Défense) avec en son centre un obélisque de 39 mètres qui permettrait de voir les Tuileries une fois que la butte de l’Etoile serait arasée...
Depuis longtemps, cette butte de La Défense fut convoitée pour y établir des monuments. Au XXème siècle, le projet d’une gigantesque statue de la Victoire marqua en 1931 le début d’une course vers la hauteur. A partir de 1960, il fut longtemps question de la tour lumineuse cybernétique de 300 mètres de Nicolas Schaëffer. Il y eut aussi le projet de la tour Polak  haute de 725 mètres...
Ces projets là étaient indiscutablement destinés à être vus depuis tout Paris.
 

Ouvrir ou fermer  ?

En attendant, de part et d’autre de l’esplanade, les tours se rangent le long du vide intact de la grande perspective. Comment la terminer ? C’est à l’EPAD que revient ce redoutable privilège. Il organise donc une vaste consultation d’architectes en 1972. Après bien des discussions et contre-propositions, deux projets sont retenus : celui de l’architecte américain Peï dont la tour se creuse en V pour  laisser passer le regard et les deux immeubles miroir d’Emile Aillaud qui ferment la perspective comme une coquille.
Au conseil d’administration de l’EPAD, le projet d’Aillaud est choisi par sept voix contre six. Bien qu’officiellement retenus par l’Etat le 10 juillet 1973, ces immeubles courbes qui provoquèrent bien des polémiques ne se firent pas. La “querelle des tours”, la crise économique et la mévente des bureaux eurent raison d’eux.

Bureaux ou monument ?

Avec la reprise de 1978, une nouvelle consultation est lancée. Le programme prévoit 100.000 m2 de bureaux bas dont la moitié pour un ministère à déterminer. Choisis par le Président Giscard d'Estaing en janvier 1981, les immeubles-cristaux de Jean Willerval ne seront pas mis en chantier non plus : le Président Mitterrand, qui vient d’être élu, désire que cet emplacement soit destiné à une composition monumentale significative et non allouée à de simples bureaux privés...
Un nouveau concours est lancé en 1983. Le dernier. Il détermine enfin un projet vraiment définitif, celui de l’actuelle Grande Arche.
 

1972 - Début de la campagne contre les tours


DEBUT DE LA CAMPAGNE CONTRE LES TOURS - JUILLET 1972


A la lance thermique

“En défilant de l'Arc de Triomphe à la place de la Concorde, les militaires descendront les Champs-Elysées dans le bon sens. Mais c’est dans l’autre sens, vers l’Arc, que se tourneront les regards des parisiens : pour s’étonner de ce squelette de béton qui s’élève.” Cet extrait du Monde du 14 juillet 1972 fait partie d’un grand concert de critiques donné par la presse cet été là.  

En effet, le noyau technique de la tour GAN griffait le ciel presque dans l’axe tabou qui n’était plus vierge. Pourtant, la Commission des sites avait donné son accord. Mais voilà, les tours étaient devenues un sujet de polémique qui allait alimenter l’été vide des journaux. Valéry Giscard d’Estaing, alors Ministre des Finances, enfourcha ce cheval de bataille et réclama au Premier Ministre Pierre Messmer que l’on étête cette tour, pour qu’elle ne dépasse pas 100 mètres comme les autres. Obéissant, l’EPAD fit étudier une solution de découpe du béton par un tout nouveau système : la lance thermique.  

Le président Georges Pompidou décida finalement que l’on ne raccourcirait pas les tours de bureaux. Par contre, le projet Tête Défense d’Emile Aillaud qui devait fermer la perspective et  certaines de ses tours du Parc firent les frais de l’opération.

Pics et gouffre

Ces tours de grande hauteur arrivèrent au plus mauvais moment. Chagrinés par la disparition des Halles, outrés par le scandale de la Villette, froissés par les tours du Front de Seine et du quartier Italie, les parisiens étaient devenus sensibles aux excès de l’immobilier.

Mais de plus, en 1972, la construction des bureaux était devenue pléthorique : de bons rendements financiers avaient provoqué une surproduction en région parisienne. 

La tour Manhattan resta désespérément vide pendant des mois et fut presque bradée à des investisseurs koweitiens. L’EPAD traversa avec La Défense sa période noire. L’EPAD ne vendit presque plus rien de 1973 à 1978. L’endettement grandissait : 500 millions de francs en 1975, 678 en 1977.
Alors, fallait-il construire des tours de grande hauteur à La Défense ?

Bourgeon de Paris

Jean Millier a eu raison de demander en 1969  le doublement du programme qui autorisa la construction des grandes tours surgies  en 1972. Mais il a eu raison trop tôt : la pénurie suivit la pléthore. La Défense redémarra fort vers 1979 après une relance voulue par le Premier Ministre Raymond Barre. Depuis, il a fallu passer des 1,5 million de m2 demandés par Jean Millier à plus de 2,5 millions pour satisfaire les demandes.

... Mais, critiquées ou pas, toutes ces tours regroupées à La Défense, où auraient-elles trouvé place ? Dans un Paris engorgé et défiguré ? L’architecte Jean-Claude Bernard, Premier Grand Prix de Rome, écrivit à l’époque : “La Défense doit se voir de Paris, sans contrainte, libre, comme une énorme turgescence, montrant à tous les parisiens vivant dans un musée que Paris est encore vivant et porte ses bourgeons”.


 

1972 - Plantation du premier platane

 
PLANTATION DU PREMIER PLATANE  -  NOVEMBRE 1972

De Le Nôtre à Peï

Colbert demanda au grand paysagiste Le Nôtre de planter une double rangée d’ormes dans l’axe du jardin des Tuileries vers les Champs-Elysées. Ainsi débuta par un décret d’août 1667 ce qui allait devenir l’une des plus belles perspectives du monde. Deux siècles plus tard, le Ministre Pierre Poujade plantait à La Défense le premier platane. Il poursuivait ainsi sur le parvis ce grand axe parisien. Mais avant d’en arriver à planter cette double rangée typique des jardins à la française, des aménagements paysagers “à l’anglaise” étaient prévus. Lorsqu’il vit les projets, le célèbre architecte américain Peï (la pyramide du Louvre) fit remarquer qu’il était dommage de sacrifier ainsi une tradition de l’urbanisme parisien sur l’autel de la mode. C’est ainsi que l’on revint à cette double rangée d’arbres qui paraissait trop simple au départ...

Jardins suspendus

Faire pénétrer la nature partout a toujours été une priorité de l’EPAD. Le résultat peut s’admirer aujourd’hui. Mais planter et faire vivre une telle surface de gazon et autant de plantations sur une dalle de béton paraissait une gageure à l’époque. Cette réussite est le fruit d’études et de recherches spécifiques menées spécialement pour La Défense. Aujourd’hui, de nombreuses délégations étrangères viennent voir et surtout demander les “secrets de fabrication” de l’EPAD qui a acquis tout un savoir-faire original dans ce domaine.

Plus vite que la nature

Le Ministre redonna la pelle à l’ouvrier qui continua de combler le trou autour du platane fraîchement inauguré. “Vous croyez qu’il tiendra longtemps ?” demanda-t-il discrètement à son entourage après avoir regagné sa place. 99 autres platanes furent ensuite plantés.

Un an plus tard, 400 autres prirent place à côté de leurs anciens congénères. Surprise ! les platanes plantés dans la terre artificielle de la dalle étaient nettement plus gros que ceux qui venaient d’être déterrés... La savante composition du terreau de l’esplanade avait fait des miracles inattendus et donnait une réponse positive au Ministre. Il a fallu attendre quatre années pour que cette différence ne soit plus visible.

_________________________________________________________

English version

PLANTING OF THE FIRST PLANE-TREE - NOVEMBER 1972

From Le Nôtre to Peï

 Colbert asked the great landscape gardener Le Nôtre to plant a double line of elms on the Tuileries Gardens axis, towards the Champs-Elysées. So it is a Royal Order, in August 1667, which started what was to become one of the most beautiful perspectives in the world.

Two centuries later, the Minister Pierre Poujade planted the first plane-tree in La Défense, thus continuing this large Parisian axis. But before the planting of this double row typical of the gardens “à la française”, open plan arrangements “à l’anglaise” had been scheduled. When he saw the projects, the famous American architect Peï (designer of the Pyramide du Louvre) observed it was a pity to sacrify a tradition of Paris town-planning on the altar of fashion. That is how this double row of trees, which had seemed too simple at the beginning, was reconsidered.

Hanging gardens

EPAD has always given priority to the presence of nature. The result can be admired today. But at that time it was a difficult undertaking to plant and to keep alive so large a lawn and so many trees on a concrete pavement. This success is the fruit of specific studies and researches, especially done for La Défense. Today many foreign delegations come and see, and overall ask for the “trade secrets” of EPAD, which acquired special know-how in that field.

Faster than nature

The Minister handed back the shovel to the workman who went on filling in the hole around the plane-tree just planted. “Do you think it will hold out long?” the Minister discreetly asked his attendants after he had reached his place again. 99 more trees were planted.

One year later, 400 other planes took place beside their congeners. What a surprise! The trees planted in the pavement artificial soil were markedly higher than those recently uprooted... The elaborated composition of the Esplanade compost had worked unexpected miracles. A satisfying answer was thus given to the Minister. It would take four years for the difference to disappear.

-------------- 

Illustrations

  1.  Pierre Poujade, the Minister of Environment, is planting the first plane-tree.
  2. The rows of plane-trees in 1988. They are in line with those planted by Lenôtre in 1667.
  3. Turf is tested in different artificial grounds on the Parvis.

1977 - Premier Festival de Jazz à La Défense

 


PREMIER FESTIVAL DE JAZZ A LA DEFENSE - JUIN 1977


Bronzer jazz


1977, c'est loin...  Pourtant, le premier festival de jazz de La Défense semble encore si proche à Françoise Launier. Responsable des animations à l’EPAD, elle organise ce concours depuis  le début avec l’équipe d’ECA2.

A l’époque, c’était un peu folklorique et décontracté. Il n’y avait pas la sono sophistiquée d’aujourd’hui et ce grand podium coloré de 200 m2. Mais depuis le début, il y a ce public qui grossit chaque année. Des fervents.  Ils tiennent bon au milieu des rafales qui arrachent les partitions des musiciens et ils restent, même si la couleur de leur visage atteste un début de coup de soleil.

Et il y a les badauds. Ils viennent pour une heure ou deux entourer les fidèles vissés à leurs sièges. Certains sont attentifs, debouts, comme figés, leurs attachés-cases encore à la main. D’autres sont en jean, couchés plus loin dans le gazon, les yeux au ciel. Le parvis vit.

Musique diluvienne


Le Concours National de Jazz est devenu une manifestation qui compte en France, en grande partie grâce à André Francis qui accepta volontiers d’aider le concours avec Radio France. Depuis 1977, plus de 1500 jazzmen amateurs ou célèbres sont passés sur le podium. “Grâce au Concours de Jazz, j’ai découvert au moins un nouveau musicien de premier plan chaque année et je me suis profondément attaché à ce concours et à mes copains du jury” a déclaré Jeff Gilson. Le premier lauréat fut Jean-Loup Longnon ; il a fait du chemin depuis.

Le jury  a vécu des moments épiques. Alain Guérini se rappelle encore avec un sourire des pluies torrentielles de 1978 : “Le jury, blotti sous la bâche d’un bistrot, put écouter un “Cry me a river” de circonstance chanté par Evelyne Voillaume engoncée jusqu’aux oreilles dans un anorak d’une élégance fort insolite pour un mois de juin”.

1977 - Livraison de la première tour Aillaud



 LIVRAISON DE LA PREMIERE TOUR AILLAUD - DECEMBRE 1977


Les Tours Shadok

“Et comment faites vous pour vous meubler ?” demande-t-on souvent aux occupants des tours Aillaud en lisière du Parc. Avec leurs murs aux courbures aiguës, leurs fenêtres rondes, carrées ou en goutte d’eau, leurs taches de couleurs, ces minces tours de 100 mètres continuent encore d’intriguer les visiteurs.

Au début, les habitants les appelaient les tours Shadok, du nom des héros un peu fous d’un dessin animé quotidien de la télé. Aujourd’hui, les habitants du quartier du Parc et les occupants se sont habitués aux formes étranges, bien que les tiges-végétales vertes soient moins appréciées que les tours-nuages bleues.
 Les chambres sont jugées petites, mais suffisantes pour dormir. Par contre, les vastes séjours sont appréciés avec leur coin-repas qui assure une transition avec la cuisine. Il n’y a que huit appartements par étage, ce qui a évité les sinistres longs couloirs. Oh certes, les vitrages basculants n’ont pas de montant et dégagent la vue. Mais il faut s’y habituer : au début on s’y cogne souvent. Et de temps en temps une vitre se défait et tombe. Il n’y a pas eu de victime et maintenant, ce problème est réglé.

Contents les locataires de ces HLM ? Dans l’ensemble, oui.

Chacun son arbre

L’avantage des tours minces, c’est qu’elles occupent peu de place au sol, et le sol, Emile Aillaud l’a modelé. Il a créé des buttes en pavés que l’on peut escalader, des rampes lisses pour les patins à roulettes, des escaliers de géant, un peu de gazon ombragé pour s’y étendre, une mer de sable d’où émerge un serpent gigantesque aux écailles de céramique.

Et de partout surgissent des arbres... Chacun des 3.000 arbres porte une plaque avec un numéro, le numéro d’un des 3.000 appartements. Chaque famille a son arbre qu’elle peut entretenir et protéger. Mais cela se sait-il encore ?

1978 - Inauguration du parc André Malraux


 INAUGURATION DU PARC ANDRE MALRAUX - SEPTEMBRE 1978


Ça s’arrose !


Seule sur l’estrade, Claude Bessy continuait à danser, imperturbable. Les pointes étaient particulièrement dangereuses et elle veillait à ne pas glisser. Sa coiffure s’était défaite et une mèche ruisselante lui gênait la vue. Les haut-parleurs firent enfin entendre les dernières mesures du ballet. Elle s’inclina gracieusement pour saluer. La pluie redoubla, formant une couche irrisée sur son dos penché. Des applaudissements lointains et clairsemés lui parvinrent : tous les invités s’étaient abrités au loin comme ils pouvaient pour éviter cette pluie diluvienne qui venait gâcher l’inauguration.

Auparavant, ils avaient visité le parc. Ils étaient aussi venus pour ça. Mais lorsqu’ils arrivèrent devant le buffet, ils découvrirent qu’une autre tornade était passée avant eux pendant qu’ils écoutaient les discours. Les étudiants de l’Ecole d’Architecture voisine avaient découvert ce buffet bien tentant et sans surveillance. Ils avaient été très heureux d’améliorer leur ordinaire...

4 millions de m3


4 millions de m3, c’est le volume des déblais que l’on a retiré des chantiers du quartier d’affaires. Ce volume énorme a servi en grande partie à modeler le Parc André Malraux à Nanterre. L’urbaniste-paysagiste Jacques Sgard disposait de toute cette terre et d'un terrain de 24 ha pour réaliser ce parc départemental. Il a conçu le premier parc réalisé en Ile-de-France depuis le second empire. Ce type de parc est rarement entrepris, car  il  est très coûteux. Or l'EPAD finança le parc André Malraux au moment où sa trésorerie était au plus mal. Malgré tout, il fut achevé et le bassin mis en eau. Malheureusement, un matin, celui-ci  fut découvert vide : les carrières souterraines n'avaient pas supporté ces tonnes d'eau et un trou avait englouti pour 100.000 francs d'eau.

Cols-verts et mouettes


Dans ce parc, le paysagiste a créé toutes sortes d'ambiances : des plaines de jeux pour le ballon, des zones calmes et ombragées de mélèzes, des collines ménageant des points de vue, un merveilleux jardin botanique presque méconnu tellement il est isolé du monde, un plan d'eau dont les contours allongent savamment la promenade.
Aujourd'hui,  des familles de canards cols-verts traversent tranquillement les allées devant les promeneurs un peu surpris, et des mouettes se reposent cachées au milieu des joncs des îles...

1978 - La relance de l'opération


 LA RELANCE DE L’OPERATION - OCTOBRE 1978


Tenir coûte que coûte

“L’Etat ne peut pas abandonner La Défense” s’est exclamé un jour Pierre-Louis Fillipi. Impensable en effet. Directeur-Général de l’EPAD depuis mars 1977, il attend cette reprise qui ne vient pas. Il y a encore trop de bureaux à résorber un peu partout en région parisienne, mais comme son prédécesseur, le Directeur-Général est persuadé que cette crise est provisoire.

En attendant, il faut tenir, mais ce n'est pas facile : plus un seul droit à construire n’a été vendu depuis trois ans, les effectifs ont été sérieusement réduits, le Centre commercial des 4 Temps est en panne de grand magasin...  Bref, si La Défense ne redémarre pas rapidement, il sera impossible de rembourser les 680 millions de dettes. Il faut que l’Etat fasse quelque chose pour aider La Défense à passer ce cap difficile.
 

Train de mesures

Après tant d’investissements, avec autant d’atouts, l’Etat ne doit pas laisser La Défense péricliter.

Le Premier Ministre Raymond Barre réunit un Comité Interministériel le 16 octobre 1978 et détermine une série de mesures de relance. 350.000 m2 supplémentaires de bureaux sont autorisés, le parc André Malraux sera achevé, le chantier de l’autoroute sous dalle sera continué, des crédits pour améliorer l’environnement sont débloqués, le Ministère de l'Equipement et du Logement  ira s’installer dans un immeuble à construire (le futur projet Tête Défense de l'architecte Jean Willerval), etc...

Ce train de mesures arrive au bon moment. Il confirme aux investisseurs que l’Etat ne laisse pas tomber l’opération. Dans une conjoncture qui commence à sortir du marasme, cela suffit à réamorcer la commercialisation. Dix jours après cette annonce, la Citibank annonce qu’elle va construire un immeuble au-dessus du Centre Commercial des 4 Temps.

Locomotive

Dès 1977, Christian Pellerin a parié  lui aussi sur une reprise de l'immobilier de bureau. A la tête de la SARI, cet entrepreneur de 34 ans a pris des options sur plusieurs tours.

Mais surtout, il a pris conscience d’un changement dans les besoins des sociétés : des immeubles à échelle plus humaine, des bureaux individuels, des fenêtres qui s’ouvrent, des coûts de gestion moins forts... C’est la naissance des tours dites de la troisième génération.

Christian Pellerin a su prendre des risques et anticiper la reprise. Il est devenu un constructeur important qui a marqué La Défense de ses immeubles.

 

1981 - Inauguration du Centre des Quatre Temps


 INAUGURATION DU CENTRE DES 4 TEMPS - FEVRIER 1981


Printemps sans caddie

Madame, le caddie que vous poussez devant vous dans les rayons d'Auchan a coûté une fortune. Non pas le chariot lui-même, mais les modifications apportées au Centre Commercial des 4 Temps pour pouvoir le faire rouler. En effet, c'est le magasin du Printemps qui devait s'installer à cet emplacement. Les études et les travaux étaient très avancés, mais la direction changea de politique commerciale et décida de ne plus venir s'y installer.

Pour accueillir ce magasin de grande consommation, il fallut percer les dalles pour faire passer des monte-charge à caddies jusqu'aux parkings. Il fallut trouver des endroits pour installer des rampes roulantes à caddies, etc...  Le tout fort coûteux. Mais que n'aurait-on fait pour faire venir un hypermarché à un moment où beaucoup faisaient la fine bouche.

A l'origine, ce centre n'était pas fait pour le commerce de grande consommation, mais pour des boutiques de luxe.  Un hôtel quatre étoiles devait surplomber la galerie marchande et une vraie patinoire. L'hôtel ne se fit pas. La patinoire si. Elle fonctionna quelque temps avec des patins à roulettes. Cette patinoire attirait trop de jeunes désœuvrés marginaux. Elle fut remplacée par un espace d'exposition.

Face à l'Arc

Des boutiques devaient animer les flancs du Parvis, mais les centres commerciaux comme Parly II commençaient à prouver qu'ils marchaient aussi bien  en France qu'aux Etats-Unis. En 1970 Jean Millier, Président Directeur Général de l'EPAD à l'époque, demanda à l'architecte Peï d'étudier un projet de centre commercial de 200.000 m2, le double de celui d'aujourd'hui.  Peï proposa de l'implanter  sous un immeuble monumental, face aux Champs-Elysées et non sur le côté comme on le lui avait demandé. Il fut le premier qui osa violer cet axe en proposant un monument face à l'Arc de Triomphe et franchissant les rails de chemin de fer.  Il a inventé le site "Tête Défense".

Peï éliminé, c'est Emile Aillaud qui  poursuivit l'étude du plan masse des 4 Temps en même temps que son projet pour la Tête Défense.

Aillaud éliminé, les 4 Temps resteront le seul  résultat visible des grands projets Tête Défense de cette époque...

Première financière

Décider de réaliser le plus grand centre commercial d'Europe est une chose. Mais il fallait aussi convaincre les investisseurs de financer l'opération.

 Pour cela, Jean Millier réussit à obtenir du ministère des Finances (non sans difficulté) que l'EPAD  devienne actionnaire et cofinance les 4 Temps à raison du quart de son coût. C'est une première pour un établissement public.

Aujourd'hui, les 4 Temps sont devenus un pôle d'animation essentiel de La Défense, dont l'influence dépasse largement les quartiers avoisinants.

- Lire les pages suivantes